Une conversation sur notre responsabilité intergénérationnelle la plus importante, 21 avril 2021

 

Allocution de M. Angel Gurría,

Secrétaire général de l’OCDE

Paris, 21 avril 2021

Chère Laurence, cher Nick, Excellences, chers amis,

Ces conférences bisannuelles ont démarré en 2013 pour attirer l’attention sur l’urgence d'agir face au changement climatique. À chacune des éditions précédentes, j’ai insisté sur la nécessité d’évoluer vers la neutralité en gaz à effet de serre et de tourner définitivement la page du charbon, ainsi que sur l’importance de l’action multilatérale et de l’activisme en faveur du climat.

Or nous continuons d'aller droit au conflit avec la nature ! Les concentrations de CO2 dans l’atmosphère ont augmenté de moitié depuis la révolution industrielle. Environ un million d’espèces sont menacées d’extinction. La déforestation touche 10 millions d’hectares par an ; la superficie des zones mortes océaniques double tous les dix ans depuis les années 60. Nous voyons s'intensifier la gravité et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes et d'apparition lente.

La pandémie de COVID-19 a rendu encore plus évidente la nécessité de changer de cap. La destruction des habitats, qui représente 15 % des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, contribue elle aussi à la transmission des maladies des animaux aux humains.

À la première conférence de cette nature, j’avais insisté sur la nécessité de parvenir à la neutralité en gaz à effet de serre durant la deuxième moitié du siècle. Il s'agissait alors d’une position controversée. Aujourd'hui, 124 pays se sont engagés à atteindre l’objectif de « zéro émission nette », et des milliers d'investisseurs à financer la transition. Sans parler du rôle mobilisateur des jeunes, de la société civile et des différents niveaux d'administration.
J'avais également évoqué la vague de fond qui nous ramène aux énergies fossiles. Je constate avec plaisir qu’aujourd'hui plus d'un quart de l’électricité produite est d'origine renouvelable et que cette part est appelée à croître davantage. Nous voyons aussi les choses bouger dans le secteur des transports.

Il ne faut pas pour autant relâcher les efforts. Nous devons agir plus vite, davantage et de concert pour nous engager sur des trajectoires plausibles de neutralité en matière d’émissions. Les États-Unis, la Chine, le Royaume-Uni ont déjà fait connaître leur intention de revoir sensiblement à la hausse leur ambition en matière d'atténuation et j’espère que d'autres pays en feront autant demain, lors du Sommet convoqué par le Président Biden.
Voilà plusieurs décennies que l’OCDE travaille sur des indicateurs environnementaux, sociaux et économiques. Nous nous employons désormais à intégrer les questions de l'atténuation du changement climatique et de l’adaptation à ses effets dans l’ensemble de nos activités.

Premièrement, nous venons tout juste de mettre en route un projet horizontal sur la résilience climatique et économique, dans le cadre duquel nous avons entrepris de créer le Programme international pour l’action face au changement climatique (IPAC) afin d'aider les pays à réaliser les objectifs définis dans l’Accord de Paris au moyen d'un ensemble d'indicateurs liés au climat, de recommandations sur mesure et de meilleures pratiques. De même, nous apportons un appui direct aux négociations sur le climat par l’intermédiaire du Groupe d’experts OCDE-AIE sur le changement climatique.

Deuxièmement, nous inaugurons cette semaine une version élargie de notre Plateforme Environnement at a Glance, qui permet d'accéder à une cinquantaine d'indicateurs liés au climat, à des graphiques interactifs et aux principaux messages à retenir sur les grands enjeux environnementaux.

Troisièmement, nous suivons de près et accompagnons le financement de l'action climatique. Depuis 2015, l’OCDE mesure les progrès accomplis par les pays développés dans la réalisation de l’objectif consistant à consacrer 100 milliards USD par an à l’action climatique dans les pays en développement. Au total, 78.9 milliards USD ont été mobilisés à cet effet en 2018. Nous nous employons à évaluer la distance qu'il reste à parcourir, si ce n’est qu’à présent, ce ne sont plus des milliards, mais des milliers de milliards qu’il faut réunir. Or, cela ne sera possible qu'avec le concours du secteur privé.

Quatrièmement, j'ai toujours plaidé en faveur d'une lourde imposition du carbone. Actuellement, le prix de la plupart des émissions est sous-évalué : dans les pays de l’OCDE et du G20, il est généralement inférieur à 30 EUR la tonne ! Dans 81 % des cas, il est en outre inférieur à 60 EUR par tonne de CO2, tarif qu’il aurait pourtant fallu atteindre en 2020 pour rendre largement possible la concrétisation des objectifs de l’Accord de Paris à l’échelle mondiale. Nous sommes donc loin du compte.

Cinquièmement, les conseils de l’OCDE sur l'établissement de budgets « verts » aident les pouvoirs publics à accorder leurs dépenses avec les objectifs environnementaux. Nous avons également entrepris de remettre le bien-être au centre des politiques climatiques.

Lorsque le Conseil de l’OCDE se réunira au niveau des Ministres en mai de cette année, nous rendrons compte du tableau de bord d'indicateurs en cours d'élaboration pour observer la progression vers une reprise forte, résiliente, verte et inclusive.

Enfin, cette semaine, nous avons inauguré la Base de données de l’OCDE relative à une relance verte, qui permettra de suivre les incidences environnementales des mesures prises pour accompagner la reprise post-COVID-19. Les centaines de milliards alloués au volet écologique ne représentent qu’une fraction du total de ces dépenses. Et des sommes encore plus conséquentes ont été consacrées aux mesures ayant des effets défavorables ou en demi-teinte sur l’environnement. Nous défaisons d’une main ce que nous bâtissons de l’autre.

Chers amis,

Le COVID-19 a bouleversé notre monde en profondeur tout en révélant combien les grands problèmes planétaires exigent des solutions multilatérales, concertées, globales. Justement, plusieurs rendez-vous importants approchent: le Sommet des États-Unis sur le climat, la COP 15 sur la biodiversité et la COP 26. Sachons en tirer le meilleur parti possible.

Surtout, n’oublions pas que notre responsabilité première, la plus importante et la plus urgente, vis-à-vis des générations à venir est la protection de la planète !

Je vous remercie.

 

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